Tiens il pleut

Tiens il pleut
Tiens il pleut

mercredi 18 juillet 2012

Raina pluisque

Même pluie
same rain
même traîne sur le ciel
same rain
même sillons rayés sous la pluie
 farandoles d'oiseaux baleines noires
touches blanches ventres mantas
vinyles parapluies
même peine sous le ciel
même pluie
same rain en zig zag une tige de jonquille
same rain qui sème des graines des robes en forme de poires
sur le fil toute droite
same rain,
 boulevard vert forêt d'algues bercée par le vent d'eau
colliers de baisers humides coupoles de méduses  doux cils nez de chat
pieds de ballerine
farandoles d'oiseaux baleines noires qui s'ouvrent sur le fil
it's a rain in the rain
my babe,
une souris grise du soir qui joue à joue avec la nuit s"enflamme
 une peine qui sourit
une lune de peine pleine,
une boule de poussière
vue du ciel
qui nage dans le noir,
it's a rain
une graine qui se noie
dans l'océan d'oubli  pas de bruit
my babe, une braise ,
sur la mer tranquille nagent des bleus naufragés fragiles
 c'est la pluie tout en dedans de moi qui pique les toits,
une boule de poussière
vue du ciel
minuscule
qui nage dans le noir
dans les rets du temps danse
et s'éclate sur la torche du soleil
pluisques it's a rain in the rain
my babe arc en ciel fantasque aéré
dragon papillon réveillé sous nos paupières
les couleurs ne crient pas
elles émergent elles montent
vasques sensibles des bleus naufragés fragiles




mardi 17 juillet 2012

Igor












 Igor au parc  , aussi grand que fort,  stentor il les a énormes , il peut m'écraser entre ses deux battants de chair , ses mains des battoirs , il roule des bouts de papier de bonbons  du bout de ses doigts doucement, comme s'il réveillait des fourmis multicolores endormies, dès la porte franchie , je lui ôte de sa poitrine ce bout de carton tenu par  une ficelle où est vilainement inscrit son nom et son prénom , il émet un sifflement bref , un vol expiré , il marche   un peu comme un pigeon se dandinant  à peine, le cou rentré , mais sa démarche est aisée et ses pas sont sûrs , sa tête ne fait pas de bruit , sa peau souple , c'est lui   sur le même banc

Igor du fond de sa poitrine cherche à remonter les mots,  il assène l'espace flottant , sa voix terrible   un trou noir que le vide entoure  , une poche d'air , du fond de sa poitrine à remonter les mots qui grondent et qui caressent la peau du ciel , cerf volant changeant  que l'aube ouvrant ses lèvres embrasse le feu noir , le vin frais de ses poumons en flammes

  Le soir dans sa chambre , il vérifie si personne n'a dérangé la pyramide de livres qu'il empile au bout de son lit , depuis des années ,du plus grand au plus petit , si rien n'a bougé  il grommelle satisfait ,
 il attend l'instant , tous les soirs  où je lui demande comment coller un timbre poste dans la tête d'une mouche,  toute la nuit durant il parle en dormant , ses grosses mains sur le drap , deux faces de lune paisibles sur le lit.
 Le lendemain au parc , il attrape toutes les mouches à sa portée sans les écraser, d'une main à l'autre  il jongle ,  dans ses mains refermées une bulle de couleur et d'air ,  bruissantes les étourdies,  il dégage un passage et les dépose dans ma poche , un collier vivant,  une nouvelle collection commence , avec précaution nous découpons  les papiers de bonbon  en minuscules morceaux , un minutieux travail  , une main à la poche , l'autre au papier , un point de colle sur la tête noire  et  ce soir  là , elles décollent et s'envolent    , des vaisseaux de timbres -mouches ,
c'est aussi le cimetière des oiseaux morts , un jardin à poils ras, un poux sur un chien , parfois le musée des vivants qui flottent dans des habits trop grands , des poussières d'or au lever de la nuit sur l'océan , les étoiles du matin, sur le même banc







C'est une bonne chose
cette nuit la lune est claire
ce n'était pas la nuit
de l'eau
la lune est claire
et deux étoiles grains de beauté
l'une moins brillante que l'autre
ne disaient rien sur le monde
se tenaient sur une robe de feu bleu
sur un parfum de chair et d'yeux

mercredi 20 juin 2012

Il n'y a plus d'heure la nuit
les heures ne comptent pas
sans le savoir nous avons traversé tout Paris
rue après rue quai après quai
place après place
l'air est humide des corps de fougères sur la Seine
la rue sent l'odeur du col de ta chemise
un goût de toile écrue dans ma bouche
nous disons oui aux fantômes rencontrés
ils nous suivent et nous les suivons
nous faisons connaissance
reconnaître celui et celle qui surgit
sous le halo d'une lampe
un bureau maritime
une place d'écriture
souvent j'étais là sans être là
et mon coeur plongeant dans la vacance
dans la nuque quelque chose d'un crayon

lundi 18 juin 2012

Reine -marguerite

Les constellations traversent la mer
chariot au gué de la nuit
bateau dans les feuillages du ciel
gorges de rousserolles fredonnent
l'aube des bois à son écorce bleuit l'effarvatte
l'eau tisse et s'enflamme  pieds d'oiseaux de soleil rouge
moineau orphelin lune bleue des toits
sabir enfantin  bec à la branche nue , nuitée d'oeil ,
pêche au cerf volant , bouquets d'orphie,
corne d'émeraude ,
les étoiles nous regardent  rêver
l'eau brode sur les ventres des rives d'aster
l'eau file
langue jaune marguerite ricoche sur les cailloux du ruisseau
reine blanche des sentes

samedi 16 juin 2012

soir d'été

Nous ne savions pas encore
sous les étoiles chaudes de l'été
nous ne savions pas encore
ces mots de mousse fragiles murmurés
nous ne savions pas encore
sur cet îlot d'éternité
des cœurs immobiles et trébuchants
que tout allait se glacer
jusqu'à l'aube indélébile
que même la mort sur nos lèvres closes
et dans nos corps souriaient des dentelles
nous ne savions pas encore
sous la parole des tilleuls ,
ce frais parfum d'étole petites dents de feuilles
ce doux chant de nos corps
ces nuits où nous marchons parlant le cœur imaginé
nous nous inventons les mots secrets de la rencontre
nous nous buvons des yeux créant  nos bouches
nos mains que nous n'osions toucher
sur cet îlot d'éternité  les chairs bouleversantes ,
les mots enchantés

Franz Liszt / Kempff / La prédication aux oiseaux

               





                          La musique ne s'est jamais adressée au cerveau , ni à l'efficacité de celui-ci

Je suis née un soir d'orage

Depuis que les hommes pensent
mais je ne peux pas leur en vouloir
ils pensent tellement depuis si longtemps
le muguet flétri sur le balcon
un coup de vent blanc
la fenêtre fente se fissure se déchire
un grondement encaissé
les éclairs se cabrent sur le flot des bouches d'encre
une rafale de martelets artifice les halliers d'étoiles
sur la ligne noire du grain 
les  doigts du vent roulent les toupies d'arc-en-ciel
les nuages tournent enflent  se percutent et  percent,
 les premières gouttes rosaces de lac clair
l'orage avait couvé tout l'après- midi
j'ai rentré la chaise
le livre est tombé 
Nouche est revenue trempée
le bouquet de pissenlits baisse la tête sur la table rouge
je l'avais peinte et je ne sais plus pourquoi










lundi 4 juin 2012

Instant





Je suis l'eau
et je prends tes yeux je les enlève 
du fond de la rivière
sur une pierre

Je suis le burin
et je taille tes peines
à petits coups ciseaux patients
sur le dos de tes mains

Je suis l'herbe
et je mêle ton chant
ondulant à mon galop courbe
à travers la plaine, âmes hanches d' étamines

Je suis le temps
qui frappe ta poitrine
étrange instant des réveils
où le mur tremble
où les objets s'animent de lumière
où le chat sorgue assis sur le toit
de borgnon qu'il est, étire deux paupières, liquides pers
et conciliabule avec la cité au soleil, des géants allongés là,
mains de glaise et de feuilles où chantent les lierres,
mystérieux instant où le point s'ouvre
et délie le soleil et la lune en ficelles nègres
peignes d'ivoire aux gibernes de clavecin
beauté et effroi des réveils où je me ploie sur ces cordes de vie,
la Seine une empoignade de tourbe, le pont a bougé ,
les cygnes nagent tout autour de nos chevilles
l'océan qui baigne ma tête de rouges et de vertes îles  amarantes

Et l'automne qui vient
 je le touche de ma main
son flanc pluies rousses d'absence
 pente ronde regard d'eau  tourbillon calme
le lit des yeux verts où boivent  et vivent les jours perdus
où la nuit s'étend sur la ligne de grains de lune
colline blanche chauve marbre  de corps 
deux bras surgissent et gravent ton visage

mardi 29 mai 2012

Erik Satie

Cette journée

                                                         Cette étrange obstination ,
                                        un paysage  où chaque note a son importance
                                        chaque note dans le paysage
                                                         chaque paysage dans la note,
                                            ils  se ravissent l'un l'autre
                                                          la qualité du silence ,
                                                           voir et entendre
                                                               regarder
                                                               perdre
                     le violoncelle me ramène au piano et le piano me ramène au violoncelle
                                     
                                             au loin  un chien à la barrière aboie,
                                         les frelons frisent les tuiles de la maison
                                                   solitaire je me jette à la route
                                        solitaire le long du fossé
                                                je jette les violettes carnassier froissé
                                       sous les chemises de famine
                                         je jette les ombres aux lumières d'essaim
                                    les lumières aux ombres gibecières
                                                      je jette les violettes au fossé ,
                            le ciel  un carné d'ailes labiles, ruisselant c'est l'aube
                                les larmes coulent émue d'une mer étale
                     des grosses larmes  écrasées comme des mouches sur le visage
                                          des traces de doigts d'enfant ,
                           un sifflement bref  une griffe d'hirondelle  précipitée de blanc et de noir,
                                         le présent est en fuite , temps hémophile ,
                                                 les combles , tabatière bée entre deux chevrons
                              je contemple avec ravissement les contours du fleuve
                                                l'horizon tranche sa grenade d'explosion muette nouée ,
               détachés les premiers rubans aorte moire mûrie au levant  éclairent sa mue ondoyante,
                                        anguille bleutée,  grand fanal de proue ,
                                           éprouver l'aube dans les rues vides de Paris
                                           le parfum  des peaux de couleurs  la bonté du matin
                                                        noctambule matinal 
                   un pigeon débonnaire se dandine sur les pavés de la marée du marché aux fleurs,
        son pouls rapide ses yeux de boutons vifs , son odeur de pavé de rue  , de fer et d'ardoise humide ,
                                 ses ailes sèches ,  pennes dures , messagères rosaces dépliées et toit pentu  ,
                                                    au loin l'océan chante
                                                      les vagues vont  en avalanches
                         rouleaux de pervenche à ne plus savoir où est l'océan où est le ciel
                                                  puisqu'ils sont là  le swing sur la main  ,
                           la Seine baigne les quais dans son  haleine pommelée de nuées,
                                             bouche d'amande veines de lichens ,
                                                    violine extravagante ,
                                                              un visage mille visages
                                      un bouton de rose sur un jardin sans rien
                                                   
                             les promeneurs écrivent  les lettres  d'avant -midi ,
                                    une apparition d'épaules de visage  idylle fugace ,
                                      discrète page musarde sur les murs
                         lumière  propice souple soyeuse des fins d'après-midi  d'été ,
                     le soleil  est fluide  les rais de brise caressent les pierres , des amis ,
                                le tremblement des jours  et des mains froides
                                                     dans les claquement des talons du vent ,

                    les silhouettes des riverains découpées par la nuit montée sur le pont
                               les statues les arbres aux ciseaux d'argent ,
              les dents de l'horloge , petite barbe  pointue , obèse clocheton d'anges plâtreux,
                                un moineau gris picore les miettes sous la table d'une terrasse,
                                                             un lacet défait un homme se baisse sous le porche ,
                       dans les ruelles les restaurants animés , les portes ouvertes ,
                             les garçons s'affairent le crayon sur l'oreille,
                                     le brouhaha  des cuisines les assiettes à la vapeur brûlante
                      un hochepot mitonne  sa peau cloque le fumet marrons et navets s'échappe ,
               gouttes de sueur les cheveux coulent dans le cou , des ruisseaux de peaux,
                   les passants s'arrêtent   froncent le nez , l'un d'eux rit sonore  les autres parlent fort,
                                        ils entrent  dîner joyeusement  ,
         un couple marche main dans la main , une boucle de ses cheveux glisse dans son cou ,
                         elle,    l'angle de la rue , lui  ,   ils sont partis,

                        les portes du silence   il  n'y en a pas       le  lassement d'une machine à coudre               dans une cour derrière une fenêtre
                               ce tapement sec distinct d'une machine à écrire ,  front tendu   
                                         petits marteaux de tête  de coeur et de doigts ,     d'allant et de retenue ,
                         de retenue et de retour ,   ruban d'encre martelé , note tenue ,

                                                         il n'y en a pas                    
                    alors cette femme qui coud ,  ou un homme  qui  s'affaisse au coin de la rue,
                                                                       son pas grandit , 
                                               le battement d'une absence ,

                      le  bateau ,  le mât cordé de  faisceaux de pierreries  brusques éclairs,
                  c'est la pleine lune de paille elle se lève se penche et sourit à la mer ,
                                  la pulsation d'étoiles  dans le jardin d'ébène
                                       la voie lactée verveuse sur les lucarnes d'ardoise
        une averse de lucanes pinceaux noirs pincent les réverbères à la lumière pâle ,
                                    têtes entrouvertes d'une nage de nénuphars
                        chevaux de bois d'aulne où éclosent les petits mars changeants ,
                                               
                              la fraîcheur de la  nuit est douce , un baiser d'eau  , des yeux d'herbe rousses      
                                                   dans la brise forte des feux
      cet après midi du mois de mai  un ciel  intense  un croissant de lune à peine dessiné,
                des feuillets in - octavo  des notes brochées  les boucles de la Seine , une journée ,

                  la plume vient monte pose et dépose
                                       au même temps au même endroit
                                                              errante fontaine ,     errants visages    
                             mémoire ,   éventail grand ouvert  ,  ingénieux mécanisme d'or ,
                               mettre  à jour , mettre  à  nuit  , flou et entier le battement d 'une absence,
                                                 et glisser des halliers d' étoiles