Tiens il pleut

Tiens il pleut
Tiens il pleut

mercredi 23 février 2011

L' ardillon

La vie passait au grand jour aphone , la vie passait , cela n'intéresse personne, à la trappe.
Tout à l'heure, le voisin du dessus disputait assez fort sa petite fille, qui disait-il, mentait!
Aphone , il la tirait par le bras , une laisse .
Elle a les yeux qui pétillent, vous êtes mort, à son âge , je mentais pour  rien , presque tout, c'était drôle, le visage des gens tout autour changeait.
Le mensonge avait occupé toute une soirée et une partie de la nuit, ma soeur m'avait dénoncé ,
ma mère m' interrogeait , je ne cédais pas, et je passais la deuxième aiguille de minuit  à la minute suivante ,
un nouveau jour, seconde partie de la nuit, que je savourais en mordant dans les allumettes en pâte d'amande
que j'avais chipé après le dîner , la boîte posée sur la T S F océanic , un monument de la cuisine formica , tous les soirs il grésillait, crachotait, susurrait , l'air vibrait de la voix de Ray Charles,  "  Georgia on my mind ", entre deux cuillères de soupe , où la main gauche devait être à même hauteur que l'assiette et pas sous la table , sous peine d'une remontrance , "  tiens toi bien à table  "  souvent accompagnée d'un coup de fourchette sur le dos de la main , là où il leur semblait faire mal..
Mentir est une saine occupation, une distraction, c'est divin, de grandes choses j''écrivais dans ma tête,  légère , vos actes ne laisseront que la laisse accrochée à votre main, la vie qu'elle anime laissera plus de traces en elle , qu'aucune autre vie ne lui aurait donné, laissez-vous piquer , c'est elle qui vous tient, pas vous, vous êtes au grand jour, mais lequel ? Et  quelle vie ?
Mentir , mentir et alors?
Quoi d'autre ?
J'aurais aimé qu'il entende le mensonge comme liberté, l'accord avec soi et le monde , le sien , le nôtre.
Je me suis fait encore un ami , je crois qu'il n'a pas compris . C'est toujours comme ça .
J'espère qu'elle mentira  pour  rien, qu'elle n'apprendra pas toutes les leçons, qu'elle ne fera pas tous les devoirs, qu'elle presse le monde entre ses mains , lorsqu'elle pressera le monde entre ses mains, qu'il la piquera , et qu'elle mentira pour  rien .
l'accord avec soi , c'est le monde.

De même , enfant , de retour après une longue absence , arrachée d'un monde , j'en avais conquis un autre, à nouveau
arrachée de cet autre , je revenais au premier, mais les visages tant cherchés  avaient changé , ceux là même que je créais sur la feuille de papier , ceux là même à qui j'écrivais des lettres insouciantes et déchirées, quelques phrases chardons et des oiseaux de ligne de nuit,, dessinant les contours avec mes mains , ceux là même qui étaient ma famille n'avaient senti aucune larmes , ils étaient plus loin , beaucoup plus loin derrière , j'étais passée de l'autre côté, de le pressentir autant fut ma première alarme , mon premier adieu, mon premier regain  , mon précieux souci , ma première phrase et ma dernière  poussées  hors des chemins, d'un corps inexpliqué,  inconnu .

Ma soeur m'accueillit avec cette exclamation , dès que j'ouvris la bouche, - Je ne comprends pas ce qu'elle dit , elle a un accent ! - Elle est coiffée à la diable -  Et dans une petite indifférence , se recoucha aussitôt .
Mon frère , lui, avait eu un accent différend, il s'était assoupi sur la dernière marche de l'escalier , et son sommeil veillait et attendait , il respirait à travers son visage , sa poitrine se soulevait doucement, sa tête penchant à demi sur son épaule , il était perceptible jusqu'à la racine, je peux dire qu'il s'éveillait telle une fleur, quand il me vit, il ne dit rien , tout était dit.
Quelques années plus tard , il s'endormit tout à fait  , je ne le revis plus jamais ainsi.

Cet accent m'a fait prendre les armes , déchirer les âmes en confettis de carnaval, les visages, les corps , les voix,  parlent , vibrent,  ces visages et ces corps  , ils éclairaient le petit et le grand monde,   et ils possédaient des lumières et des ombres , tant  ,que ma petite personne ne s'endormait pas , la cruauté consistant   à leur fixer un corps définitif  quand il ne méritait pas que l'on s'attarde plus longtemps.
Mais leur garder le visage et le corps  qu'un jour ils avaient eu , sans le faire exprès , quelque chose d'insaisissable, la grâce, quelque chose au dessus d'eux et en eux , je n'hésiterais pas sur le sentiment du religieux,,  on part au ciel sans jamais savoir si l'on va revenir , revoir, revivre , l'attaque du visage à la joie, l'allégresse, celui de la mort qui vous parle d'eux, la nuit , tant que quelquefois , il fallait se lever et partir  , quelquefois en silence , quelquefois en grand fracas, d'autres sans pitié , car ne le méritant pas leurs voix sonnant faux  et  trop vrai, il niait la nuit  ou la  hurlait tels des sbires de lumière, la même chose , nous voulons partager l'aube!  La  fine peau de mystère dans l'épaisseur d'un cratère , murmurer , rire , chanter  surprendre , amuïr, pénétrer ces choses impossibles , s'écarter en silence .
J'appris à déceler les changements, les passages, les lassitudes, les malaises, les désespoirs, les joies, les tromperies, les marchandages, les compromis, les présences du noir, du rouge, les mains sur la tête dans un dortoir , les mains épouvantées de noir, cette épaisseur de chair entre deux rangées de lits blancs , ils dormaient, je veillais , et l'aube malingre crachait de l'eau grisâtre par les tuyaux rouillés des lavabos  de l'immense salle de bains circulaire , l'aube froide et chaude , l'aube et le noir entre nous, des temps de nous que nous prononcions déjà avec nos corps , des temps de moi que je savais indivisibles , impartageables,
les mains chaudes de rouge sur les visages, les corps les démarches, ces choses nommées âmes.
 Que les visages et les corps sont la beauté , celle sans doute que l'on ne veut pas voir , et par là même impitoyable , la vieillesse et l'enfance , le temps , surpris , volé  , croqué  , à chaque main volant et s'envolant

Nous pouvions nous voir ou ne pas nous voir ,  en cela  la beauté est impitoyable, le repos vient d'une fleur sur une pierre enfouie., un chat enroulé sous les cassis , un pont fragile sur le gouffre

dimanche 20 février 2011

Luis Armstrong and Ella Fitzgerald - Dream a little dream of me -

Bach - Marcelle Meyer (1948) - 15 Inventions à deux voix

Vivaldi , l'été / Academy of St. Martin in the Fields, Alan Loveday & Sir Neville Marriner -

Lettre au cimetière d'alphonsine , feu patate ma grand-mère,

Pour vivre le plus éloigné de la promiscuité , il ne reste guère de possibilités :
  
  La prison à l'ombre de la guillotine - la lame ne faisant aucune différence sur les cous qu'elles tranchent , toutes les têtes dans le même panier , et les corps à la décharge commune-

Une fin d' après midi  d'été  - une promenade au cimetière , dans le carré des petites tombes ,ma main dans la main de ma mère , déambuler dans le désordre des herbes folles,  sur les allées comblées de petits galets blancs et chauves , sentir la rouille de la grille lorsque la lourdeur des hommes l'a imprégné de pastiche  de profession , se laisser tourner par les pieds et respirer les parfums de l'irrésolu -

Un soir au cinéma -  l'extravagance sous un chapeau de plumes perroquet, une cocotte , grosse poule à la poitrine généreuse,  dents en or , sur l'écran  - une petite farce et attrape , trois ou quatre gugus et guguses en déhanchement qui se tirent dessus avec des pistolets en plastique -

Se laisser  faire  -  par le soleil et la pluie sans rien comprendre  des thèses et des postures -

Tatie Nise  -  inturne ! -

samedi 19 février 2011

Inturne

J'aimais ces matins,
pâle , une presque morte ,
pour moins on aurait allumé les cierges ,
on aurait appelé l'apôtre pierre et toutes les clés du paradis et de l'enfer,
j'étais encore malade
et je n'irais pas à l'école,
seule Alphonsine  me tournait autour en maugréant, violette
violette , un tour de violette,
tante Ninise lui rétorquait ,  -   inturne !   -
cette forme est introuvable,
cette forme était pour moi le plus beau mot du monde,
car il était pour moi,
-  inturne -
et je n'en trouve pas d'autre
 pour l'enfance qui est là ,
encore une fois, je n'allais pas à l'école ,
et si de ma chambre Alphonsine débusquait le moindre bruit suspect,
je disais que le chat  faisait son grabuge et qu'elle ne le voyait pas ,
il était si léger ce chat qu'elle ne le voyait pas,
tout résoudre voilà ce qu'elle voulait , mettre de l'ordre ,
elle en est morte pendant très longtemps

L 'école buissonnière

L'école a la rougeole,
des fraises de bois sauvages grimpent à l'échelle
jusqu'au toit,
l'air est fluide,
un phare pique des tomates sur les tuiles,
en ville dans le sillage, la rivière , le pont de pierre ,
le corail de rubis émaille le lit ,
les grenouilles filent des quenouilles de carpes,
des chapelets d'îles palmes oasis blondes,
au vent de roseaux verts les berges s'inclinent,
des amandes bistres ,
une barque, un jeune garçon pêche la truite arc en ciel ,
septembre est aux pieds des vignes ,
des lacs de forêts, des orangeraies envahissent le miroir bleu du ciel,
ils se dévisagent  d'ocres marines,
ils posent des touches de caravelle aux joues d'octobre.
Fards d'automne,
l'air tremble et chavire de claires huîtres chèvrefeuilles.
La petite fille
assise sur un banc, à son aise baille aux corneilles,
attend l'école que continue la rougeole,
la cloche de tinter,
une fêlure déchire l'air,
des petits sacs de sable ouvert , plein les mains, elle rit.

lundi 14 février 2011

L' automne Antonio Vivaldi

Wieniawski, Henryk op.18 for 2 violins part 1,2,3,4

Tu me demandes l'été
c'est l'hiver mi cuerpo
le passage des saisons
le grain préservé au creux de la pierre
la pierre au repos
le passage de la lumière
le grain calciné
le grain levé
lèves ton visage mi cuerpo
la harpe tressée des torrents.

c'est l'hiver qui danse , sauvage la rivière ,
sa peau sous la glace lève les épaules à la nage ,
gerces profondes bleu d'émail, une perle au creux de l'oreille ,
les pas du soleil crissent sur la neige
c'est l'été qui l'embrasse à la rive frileuse
un baiser de joue rouge
un lever de quartier lampe chinoise,
c'est le grain qui bouge et tombe ,
lièvre au gîte , la terre brune , coquillage de pomme,
ventre au tapis odorant des feuilles,
bouliers de noisettes,
les oreilles des écritures lustrées de poils de martre ,
les billes d'yeux des insectes, piquantes  brodées d'ambre,
radicules , fluettes chevelues tissent l'herbe et la motte.

Le solstice des attentes patientes
je viens comme tournent dans le ciel corbeaux,
sautillent brillant rois des plaines
 lèvent l'aile et claquent éventail à l'hermine ,
je viens la lumière entre les pierres levées
tu me demandes l' été ,


c'est l'hiver mi cuerpo
                   la harpe tressée des froments , flottille de gueules ponceau,
les ailes du moulin  brassent les orges et les malts ,
                                  les brunes germées de miel , les écheveaux de soie,

c'est le printemps violette
                        qui rassemble et ranime
au dossier des collines la rosée du soleil
                                veille la nomade débâcle du fleuve,

c'est l'automne
                      nuée d'étourneaux montent des rousses terres
 soleil noir aux lèvres des nuages
                                       vibrantes cuivres de cymbales ,

tu me demandes l' hiver ,
            c'est l'été ,   des sables légers ,    rubans de lacs ,
   des boucles de brebis , nattes de parfum
                                            de l'une à l'autre sur la montagne ,

le passage des saisons sur les rides du fleuve ,
                                  il est minuit  felicitado, c'est l'été ,
les doigts des hommes lisant le monde
                                            sur le visage de la plus vieille femme

samedi 12 février 2011

Le nuage a le goût gris du biset sur la poitrine
un flocon de roche
l'ardoise et la braise de l'oranger
la forme du voyage,
le petit merle noir est revenu devant ma fenêtre
ses yeux boutons de manchette me font rire
fragile un baiser qui tourne la tête de tous côtés
il s'envole dans la poitrine du baiser,
un trèfle

vendredi 11 février 2011

Un soir près de la rivière je suis tombée de mon hamac
 les livres sont tombés à l'eau
je n'ai pas tenté de les sécher sur un fil de brise,
ils ont vogué ,
moi, sur l'onde
toutes lettres poissons, oiseaux à l'envers,
au fil de l'eau , le moulin de l'aube au crépuscule
et la nuit  ,
ronde , diagonale, triangulaire au souffle de paix
de mon hamac au bord de la rivière
je suis tombée dans le printemps
la tulipe a le pied du tuba
bronze de la nuit
la chair de la clarinette
et l'odeur entêtante du colza
avant de le voir
mon hamac un lit de poisson
entre les chaussées de la rivière
le saut d'un ricochet
l'éclair d'un son illuminé au calice du goût
il fait beau comme jamais
ma douce mon enfant
sur les époules du printemps


Je suis l'eau
et je prends tes yeux
au fond de la rivière
sur une pierre

Je suis le burin
et je taille tes peines
à petits coups marteau patient
sur le dos de tes mains

Je suis l'herbe
et je mêle ton chant
ondulant à mon galop courbe
à travers la plaine, âmes flancs des étamines

Je suis le temps
qui frappe ta poitrine
étrange instant des réveils
où le mur tremble
où les objets s'animent de lumière
où le chat sorgue assis sur le toit
de borgnon qu'il est, étire deux paupières, liquides pers
et conciliabule avec la cité au soleil, des géants allongés là,
mains de glaise et de marbre où chantent les lierres,
mystérieux instant où le point s'ouvre
et délie le soleil et la lune en ficelles nègres
peignes d'ivoire aux gibernes de clavecin
beauté et effroi des réveils où je me ploie sur ces cordes de vie,
la Seine une empoignade de tourbe,le pont a bougé,
les cygnes nagent tout autour de nos chevilles
l'océan qui baigne ma tête.

jeudi 10 février 2011

L'embarcadère gratte sa peau à l'aube aux yeux cobalt
persane touffue et dense s'éveillant,
j'ai raté le bateau.
Je le regarde gonfler son nez au vent
j'entends glapir les oiseaux
cette odeur de craie qui crisse sur les dents,
l'éclat du sel sous la paupière ,
une échancrure  la vague venir,
mon coeur battre rond comme un tambour
le ressac où naissent les désirs violents
et la mort dans un grand sac d'écume
les maritimes chantent le haut jour
les voiles un feu baigné d'azur
j'ai raté le bateau

Mozart concerto 20 in d, K.466 - 2. Romance / Friedrich Gulda /

lundi 7 février 2011

Quelques années d'ici , je dînais avec un ami , la conversation roulait sur sa famille, plus précisément sur ses parents morts récemment, , et toi , me dit il , les tiens , parle moi un peu de toi, de ta mère .
Je m 'entendis répondre:
 - Je ne connais pas la date de sa mort, je ne la connais pas, mais elle est née le premier jour de l'été , je ne connais que sa date de naissance-
Il a baissé les yeux, c'était un homme intelligent , on ne meurt pas deux fois.

dimanche 6 février 2011

Pâle
du bois sec
sortie  d'un silence
un silence de soleil
sur le champ à humer l'air
un chariot passe,
le vin et l'arbre qui chante doucement
un chat saute souple et s'avance lentement
libre  se frotte tout contre moi ,
il sent le fruit sauvage et les abeilles
Il sent bon le poil emmêlé de résine ,
les barriques sur le chariot bringueballent ,
au bout de la ligne de vigne un rosier rougit,
et tout ce brouhahas d'insectes
guipures , collerettes , cou frais de dentelle ,
des gaufres aux lagunes de miel
plastron bourdon ,
frise aux bercements des cyprès,
sur la colline
une cantate , silence de soleil ,
de ces lieux où se tenir jusqu'à l'âme
de ces îles découvertes
je ne sais pas où elles me mènent
des pieds de vigne sur la rivière où je vais,
tout cela pour une idée qui n'en est plus une
tout cela pour un visage pressé entre les mains
tout cela que je tue et qui me tue
pour un si long abandon
une phrase de la montagne bleue
et l'odeur de la promenade sous les chênes lièges,
quand nous nous reverrons
je ne serais  plus là
si je t'écris que je suis triste
ne me crois pas,
la terreur a tant écrit
que cela me dégoûte,
une petite nausée.

Si je t'écris que je suis triste
ne me crois pas
car la douleur n'est pas un étendard
 la mort pas une occasion.
une éternité pour embrasser un regard